« Un jour en France, à fleur d’eau, à fleur de peau »

Un vide à remplir ? Pourquoi le nier ? Des carnets à griffonner, une seule grande carte à déplier, ma géographie à réviser, curieux de tout et des petits riens à suivre le destin de petites et grandes histoires. Je ne pouvais l’éviter, j’en suis friand, aspiré par cette lumière qui éclaire le quotidien. J’en suis gourmand.

« Un jour en France, à fleur d’eau, à fleur de peau », ce fut une traversée sans but précis, sans alibi, sans parcours établi. Intime et intuitif.

Le plus souvent, je suis arrivé au petit matin. Avec comme point de départ, mon Aveyron, un pays de passion, à suivre maints sillons. Avec au fond de ma poche, une petite annonce découpée dans les pages « villages » de mon journal local, quelques lignes entourées d’un trait rouge « tiens pourquoi pas ? ». Passé l’Aubrac, j’ai poussé plus au nord, pour retrouver la France de mon enfance. Mon canal du Berry et cette odeur puissante délivrée par les feuilles de peupliers. Des marqueurs à jamais. Ce fut tendre et apaisant. Passée la Sologne, j’ai tiré droit dans ce cœur de France pour gagner Paris que je connaissais si peu. Son périph. enfin devant moi…la porte d’Orléans…le pont de Charenton…la Seine noueuse comme une corde de chanvre à saisir pour se hisser à quai, à forcer de lourdes portes d’un monde inconnu…quitte à me perdre, à me faire petit, à prendre des coups, à chercher la discrétion, à me réfugier dans les ombres, dans les silences ou à l’inverse à me laisser gagner par les tensions, les pulsions, les grandes passions.

« Un jour en France, à fleur d’eau, à fleur de peau », ce ne fut pas un Tour de France, ce fut mon Tour de France en 55 étapes. Au tracé certes informe, de villages en éveil en banlieues aux abois. J’ai rencontré des quilleurs, des rappeurs, des jouteurs, des noceurs, des pêcheurs, des skateurs, des pilleurs, des casseurs, des sans peur…que sais-je encore…des jobards, des clochards, des cabochards, des vantards, des couche-tard.

Le soir, je quittais les lieux, ces coulisses, ces contre allées, parfois essoufflé à suivre le rythme effréné d’une France qui se déguise, qui revendique, qui marche au pas. Des heures penché au balcon d’une France qui trépigne autant qu’elle somnole.

« Un jour en France, à fleur d’eau, à fleur de peau », ce n’est pas LA France, ce n’est pas la France des Enarques, c’est la France de chez moi.

Parc de la Mairie de Millau  – Millau (Aveyron)

6 juin au 6 juillet

Entrée gratuite : déambulation libre et curieuse