Cher Joshua,
J’ai curieusement retrouvé ta trace. Un peu comme lorsque l’on met la main sur une vieille photo s’échappant des plis serrés d’un roman de James Ellroy dans lequel tu te replonges les soirs de déprime pour calmer tant bien que mal ton mal du pays.
Je ne suis pas certain que tu ais gardé un quelconque souvenir de moi. Tu étais un leader, j’étais seulement un suiveur. Tu étais impertinent, tu étais pétillant, à tes basques, nous n’étions que des médiocres courtisans, solidaires de tes frasques insolites. Comme ces enveloppes anonymes glissées dans les poches des profs contenant des mots découpés prêts à être reconstitués en des phrases abrasives sur le champ piétiné de nos peurs. Sans connaître l’auteur de l’une de ces missives lance missile, je me souviens encore du prof de philo nous prenant à contrepied en nous collant cette dissertation «Etes-vous prêts pour le chaos ? «
C’est indirectement par la musique que je me retrouve devant cette page blanche à noircir cette anecdote d’une jeunesse volcanique trop vite consumée dans les palpitations arythmiques de nos attentes.
Je suis prof de lettres et dernièrement, en travaillant sur la relation mère-fils, mère-fille dans la littérature, j’invitais mes élèves à s’exprimer par un texte personnel sur le thème « Mama said ».
Et c’est en recherchant les paroles de « Mama said » interprétée par Metallica au milieu des années 90 que je découvrais dans l’empire « googelien » l’existence d’un groupe musical éponyme dont tu es le leader en France.
En toute sincérité, je ne suis pas surpris par ce parcours, toi, l’écorché vif, catapulté semble-t-il bien trop tôt, trop jeune, avec rage dans les méandres du monde sauvage et fracturé. Avec ce désir naissant de capter pour recracher, de saisir pour retranscrire, d’écrire, filmer, chanter pour ne pas oublier.
Je ne sais quel monstre tu as rencontré sur ton parcours ? Traversant ghettos enflammés, jungles urbaines et autant de plaines ensablées…Sans aucun doute l’homme qui ment, trahie, corrompt, méprise, irrespectueux de la terre qui le nourrit, irrespectueux des hommes aux mains caleuses qui l’enrichissent, irrespectueux des valeurs universelles censées nous unir.
Serait-ce le désir de vouloir t’échapper des cages emmurées, t’assagir pour ne plus ressentir le besoin de fuir les barrages fissurés lorsque tu chantes « j’ai quand même envie de jouer » alors que tout autour de toi, l’homme (orange) est prêt à tout faire péter ?
En fouillant dans votre site très typé grunge urbex, je m’attendais à trouver un titre apaisé expliquant ce choix si particulier « Mama Said » pour nommer votre formation musicale. Peux être est-ce à venir ? Lorsque les remparts de l’intimité auront cédé ?
Je te laisse sur ces mots, je ne veux pas me montrer plus invasif mais il y aurait beaucoup plus à dire. Dans tous les cas, je reste connecté, j’attendrais…toi dans tes voltiges de mots.
Je te quitte, j’ai une pile de copies à corriger. Devant mes yeux, la première phrase débute ainsi « maman m’a dit « n’oublie jamais de là où tu viens »…C’est un bon début… !!!
Bien à toi et à tes proches et mes excuses pour cette soudaine intrusion !
Tom Wolf le 15 mars à Portland
Photographies réalisées le 15 mars, à St-Affrique lors du tremplin musical Festival Mesclazik remporté par le groupe Mama Said devant 3 autres groupes sélectionnés parmi 60 demandes. La formation millavoise comprenant Anaïs Douat (chant et basse), Guilhem Artieres (clavier) et Victor Pol (batterie) jouera en première partie de Cali et de Flavia Coelho le 11 et 12 juillet prochain.