Phil Derest, la panthère d’un soir !

« Arrêt au stand, arrêt au stand, il était temps de se poser », Phil Derest a posé ses deux grattes, une sèche, une électrique sur le mur de fond de la petite scène de l’Aloko.

L’homme est mince comme un fil, taillé à la Jaeger, la toute fraiche soixantaine accrochée au col de sa veste de cuir que le rocker porte comme un passeport pour l’éternité. Millau est sous l’eau, l’oiseau d’une nuit détrempée est en mode sauvetage dans cette petite alcôve.

Il le dit, il l’affirme, il le chante « j’aime la route », la route râleuse du blues, la route râpeuse du rock, les mots découpés, les syllabes ajustées, la voix aux accents parfois indiscutablement « Bashungnien » qu’il revendique sans esquive « Bashung, il était rock, il était blues « .

Il aime les caisses américaines brûlant du 30 litres au cent, le Jack Daniel dévorant les gosiers toujours secs, la route, toujours la route, pour relier ces rades d’un soir « perdu dans sa « jungle ». Y’a du Detroit, y’à du Sochaux -Montbéliard son pays à lui. Y’à du Plat Pays lorsqu’il chante du Brel, ça donne envie de se faire la belle. Y’à des trottoirs vides, des croix alignées, du métal brûlant, des chiens hurlants. Ca sent le bleu de travail, ça sent la ferraille, la limaille et la graisse des machines outils. Y’a des mégots froids, y’a des cendriers pleins, alignés sur des comptoirs d’un soir. Y’a des « verres et des mots » et pour briser ou combler les silences, Phil dégaine des riffs d’harmonica grinçant, étincelant, ses lèvres minces posées sur ce bout de ferraille, lien charnel avec le blues de B.B. King.

Phil Derest, panthère d’un soir, paupières fermées, chante une dernière, pour la route. De la pure sensibilité, son harmonica comme un tube de rouge à lèvres épais pour écrire sur la vitre du monde brisée maculée de sang de cette Iranienne exécutée «Mahsa Amini, tu es là, tu es avec moi »…On ne t’oublie pas.

Photographies prises lors du concert de Phil DEREST à L’Aloko – Millau, le vendredi 22 mars 2025