Un jour de…

14 March 2018

Jour de pêche en Berry

L’ouverture, c’est le nouvel an des pêcheurs. Un rituel sans chandelle pour les mordus qui font mordre à l’hameçon, pour les férus du barbeau, du gardon, de la tanche et du hotu. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il gèle, que les narcisses hésitent à sortir leur couronne d’or, que les pâquerettes guillerettes se frottent le nez dans la rosée du matin, c’est l’ouverture de la pêche. Au petit matin, le jour à peine naissant, l’asticot frétillant connait déjà son sort, les bouteilles de Mennetou, de Quincy, de Reuilly aussi. Elles seront vidées sur le coup des 11 heures lorsque le bouchon de liège vernis sera lassé des allers et venus, fainéant et immobile dans le clapot docile d’une eau verdâtre. L’ouverture de la pêche, ce n’est pas qu’une histoire de fritures et de « brason » à moitié vide, à moitié plein. Certes, on se lève aux aurores quand le chien dort encore. On mouille les bottes pour lancer le fil et l’hameçon sur le fond vaseux mais c’est d’abord une histoire de copains qui resserrent les rangs et les crans d’une amitié. Il y a le temps de la pêche, du goujon taquiné, de la truite qui se défend cambrée puis il y a le temps de la pêche aux histoires de chacun. Les verres se remplissent, le vin blanc est sec et fruité. Les histoires rebondissent. La retraite de Pierre, les vieilles douleurs de Paul, la CSG débattue, les vacances en camping car tant attendues et la cataracte qui fait de l’œil à tous. Dans la musette de chacun, on tire du sac, un quotidien passé au filtre du temps qui file. L’ouverture de la pêche, c’est poser ses fesses sur un petit siège au bord de l’eau. C’est se geler les pieds. C’est prendre la flotte sur le paletot. C’est transpirer sous la chemise à carreaux selon la météo. C’est regarder son ombre qui frétille dans le clapot. C’est plissé le front, c’est plissé les yeux pour suivre du regard le lent, lent, lent déplacement du bouchon rouge qui se refuse à foncer, à piocher dans l’eau trouble. C’est calme. C’est penser à rien, à pas grand chose, sans suite bien définie, sans queue ni tête. En principe, c’est tendre des lignes. C’est peut être tout simplement prendre le temps.   Reportage réalisé le 9 mars 2018 à Vierzon (Cher), jour de l’ouverture de la pêche
28 February 2018

Jour de glace au Palais des Glaces

Front polaire pour mannequin de verre. Jour de glace au Palais des Glaces. Soleil royal sur le Grand Canal. Miroir du jour sans Marquise de Pompadour. Reportage réalisé le 1 mars dans le Parc, la Galerie des Glaces du Château de Versailles (France)
27 February 2018

Jour de foire pour bêtes de concours

Sarah, Vanessa, Alexandra…des noms de scène. Soudainement, elles font le dos rond…on se précipite, On leur lève la queue, D’un jet dru, elles pissent, elles chient dans un seau tendu. Avec soin et adresse, on leur essuie le cul. Puis la toilette reprend. On tond, on époussette, on laque, on maquille, on brosse. Coincées entre quatre fers, dociles, Sarah, Vanessa, Alexandra font malgré tout les yeux doux. Ce sont des bêtes de concours. On leur tient la tête haute, le dos doit être plat, une ligne rectiligne parfaite. Sur cette ligne tendue, le poil est coupé puis hérissé au peigne fin. Grosse amphore nervurée, le pie doit être rose laqué polaroïd, Les côtes sont dessinées, striées. Sur les flancs, se devinent des arcs aux reflets parfaits sur des robes marbrées,  mouchetées. La queue doit être brossée, époussetée, rituel d’avant mise en scène. La musique retentit, le speaker annonce la belle de Normandie, la belle d’Aubrac, la belle du Vercors. C’est salle Pleyel pour nos belles de campagne et de montagne aux sabots vernis. En chemise blanche et nœud papillon rouge, le vacher est nerveux. Il tient la bride haute. Ses souliers ne sont plus trop vernis. Reportage réalisé le 27 février 2018 au Parc des Expositions de la porte de Versailles à Paris lors du Salon de l’Agriculture
12 February 2018

Un jour tattoo à Decaz

Joao, son premier tatouage, c’était pour ses 14 ans « je ne devrais pas raconter cette histoire » Un père biker, des soirées de picole entre potes, Joao et une bande de copains font les poches des assoiffés. «Avec la monnaie, on s’est payé notre premier tatouage. On n’avait pas l’âge mais le tatoueur, lui il a pris la monnaie. Mon père, en apprenant ça, il m’a dévissé la tête ». Ruca est penché sur le bras de Joao. Il relève ses lunettes, elles ont glissé sur le bout de son nez. « She’s enough » Il dit « je me suis fait tatouer cela pour ma femme ». « She’s enough » s’étire au dessus de l’œil droit, comme une grande vague ondulante. Elle est assez ? Elle est tout ? Elle est beaucoup ? Elle est trop ? Ca peut se traduire comment ? Ruca l’artiste ajoute « c’est pour la vie ». Joao a l’œil pétillant « Nous, on est des voyageurs, un jour ici, un jour là bas ». Pour écrire et sculpter, dans la peau parchemin, La phrase est connue « à chacun son chemin… » Ruca roule les RRR, allonge les EEE, courbe les NNN, étire les HHH. Lettres intimes, messages intimes, mots intimes, sans chagrin.   Reportage réalisé à Decazeville (Aveyron) le 11 février 2018