Un jour de…

12 February 2018

Un jour tattoo à Decaz

Joao, son premier tatouage, c’était pour ses 14 ans « je ne devrais pas raconter cette histoire » Un père biker, des soirées de picole entre potes, Joao et une bande de copains font les poches des assoiffés. «Avec la monnaie, on s’est payé notre premier tatouage. On n’avait pas l’âge mais le tatoueur, lui il a pris la monnaie. Mon père, en apprenant ça, il m’a dévissé la tête ». Ruca est penché sur le bras de Joao. Il relève ses lunettes, elles ont glissé sur le bout de son nez. « She’s enough » Il dit « je me suis fait tatouer cela pour ma femme ». « She’s enough » s’étire au dessus de l’œil droit, comme une grande vague ondulante. Elle est assez ? Elle est tout ? Elle est beaucoup ? Elle est trop ? Ca peut se traduire comment ? Ruca l’artiste ajoute « c’est pour la vie ». Joao a l’œil pétillant « Nous, on est des voyageurs, un jour ici, un jour là bas ». Pour écrire et sculpter, dans la peau parchemin, La phrase est connue « à chacun son chemin… » Ruca roule les RRR, allonge les EEE, courbe les NNN, étire les HHH. Lettres intimes, messages intimes, mots intimes, sans chagrin.   Reportage réalisé à Decazeville (Aveyron) le 11 février 2018
26 January 2018

Un jour de crue à Villeneuve Saint Georges

Lorsque la Seine sort de son lit au petit matin, du mauvais pied et de mauvaise humeur, Lorsque la Seine vient lécher, raboter, sucer, épouser les quais, ça rend de mauvaise humeur, On sort les cirés, les bottes, les râteaux, les pompes, de mauvaise humeur,  “De mon temps, l’eau, je l’ai vue monter jusque là”, ça discute de  mauvaise humeur, “Moi, j’ai la chaudière encore inondée”, ça râle de mauvaise humeur, Un homme rame dans son bateau gonflable, un coup à droite, un coup à gauche, rue des Ferrailleurs, “Ce soir, pas de bruit, pas d’électricité, pas de chauffage, un bon bouquin”, il dit ça de bonne humeur Reportage réalisé le 26 janvier 2018 à Villeneuve St Georges – Villeneuve le Roi, Ablon, Alforville
20 January 2018

Un jour en Lorraine

  Uckange, Hayange, Hagondange, Gandrange, Ce n’est pas la baie des anges, La vallée des Hauts Fourneaux, Comment lui tourner le dos, Aciéries, coqueries, trémies, parcs à scories, Aux entrailles de rouille et de rage, à l’agonie, Autres gueulards et laminoirs, Dans le cyclone, sans miroir, un mouroir, Knuttange, Ottange, Florange, Sérémange, Il n’y a plus aucun rechange, Cowpers P1, P2, P3, P4, P5, P6…U4, Il n’y a plus rien à combattre, Des squelettes codés à l’éternité, Lorraine crucifiée, Mittal est un tyran, Le métal reste hurlant. Reportage réalisé en Lorraine dans les villes de Uckange, Rombas, Hayange, Gandrange, Hagondange les 17, 18 et 19 janvier 2018
15 January 2018

Un jour toutou – matou au Pet Show

« Ma fille, tu finiras comme une vieille couille de chat. Voilà ce que me disait ma mère ». A l’âge de six ans, Lydia ramasse déjà les chats errants, chats de gouttière, chats en misère, en longeant le ruisseau, sur le chemin de l’école. Lorsqu’elle franchit le seuil de la porte, elle connaît le refrain, sa mère hurlant  « ça suffit ma fille ». Lydia était née pour ronronner avec des chats « c’était mon destin ». Elle cite le proverbe « ce que femme veut, Dieu le veut » pour raconter comment elle prend dans ses bras son premier chat de concours, un persan lors d’une exposition à Bordeaux « mon mari ne voulait pas. Il m’avait confisqué le carnet de chèque ». Devant la cage et le matou aux poils longs, le mari agite le carnet de chèque « tu ne l’auras pas, tu ne l’auras pas ». Lydia ajoute « ils sont parfois couillons les hommes » et son chat en clandestin, arrive en douce, sur son couffin, par le train. Le mari, il s’est résigné. Il n’a pas eu le choix. Le jour de son mariage, il fut prévenu  « je pars sur la côte Adriatique acheter un reproducteur. Mais je pars seule». Aujourd’hui, la maman de Lydia a 88 ans. Elle aussi ne lutte plus contre une évidence. Elle vit médicalisée sous le toit de sa fille. Elle ne crie plus « ça suffit ».   Reportage réalisé le 14 janvier 2018 à Paris lors du Animals Show