Un jour de…

14 July 2018

Ca sentait bon le Larzac chaud

Lettre à mon tonton Albert que j’ai toujours appelé Albert 1er       Cher Tonton, Je ne résiste pas à l’idée de t’écrire ces quelques mots. Car ce matin, je te devine déjà froncer les sourcils, j’assistais à mon premier défilé militaire à l’occasion du 14 juillet. En réalité, ce n’est pas tout à fait une découverte. Car autrefois, j’assistais à maintes parades cadencées sous des soleils à faire fondre des enclumes dans des pays où la justice n’est que parodie, où l’on égorge encore pour un vol de poule. Comme tu le sais sans doute, cela ne t’a pas échappé, la Légion Etrangère s’est installée dans les murs du camp militaire de La Cavalerie. Je vois ton petit sourire en coin car j’ai encore le souvenir précis de cette phrase que tu répétais à qui voulait bien l’entendre « il faut toujours se méfier du mouvement de balancier ». En effet, dans ce cas précis, le retour de l’infanterie à La Cavalerie, quelle ironie du sort ! J’ai passé l’âge de te surprendre toi qui a pourtant tout essayé afin de me faire admettre que l’armée, nous en avions besoin. Je ne vais pas te resservir tes discours qui ont animé plus d’un repas de famille. Très arrosés, je l’admets. Je me souviens d’un 14 juillet, justement !!! Tu avais bien failli en venir aux mains avec ton frère René. La guerre d’Algérie a laissé de longues cicatrices que l’on n’évoque que rarement. Bon je l’avoue, mon vieux fond antimilitariste pur et dur qui te révoltait, a pris l’eau et mes convictions se sont émoussées. Ma position n’est plus aussi tranchée que lorsque j’écoutais Neil Young même si j’ai douté de notre armée lors de son implication avérée dans le génocide Rwandais . Même si je doute encore de l’intérêt de notre engagement en Centrafrique. D’ailleurs sur ces deux points, j’aimerai connaître ton avis. J’ai donc assisté à ce défilé sans a priori. Du moins je l’espère. Cela aussi,  je l’ai appris de toi. La vie n’est pas une commode anglaise. « Ne pas mettre les gens dans des cases », ça aussi tu le répétais autant qu’il le fallait pour que nous soyons éduqués dans la compréhension et l’acception des différences de chacun. Dans la famille et dans le quartier, tu étais bien le seul à prendre la défense de ces immigrés portugais venus vendre leurs bras. Cela te révoltait. Et aujourd’hui, cela résonne encore à mes oreilles lorsque tu hurlais si fort en entendant le mot « portos » siffler à tes oreilles. Bref, j’ai vu des jeunes soldats inconnus, frais et lisses comme des fleurs d’iris. Je l’avoue, je me suis senti l’étranger. Si loin de cet engagement, de cette volonté à servir une nation, une cause, à combattre l’ennemi toujours plus obscur. Moi qui n’ai jamais touché une arme de ma vie, finalement, cela signifie quoi « mettre le doigt sur la gâchette ? ». Moi qui fut si rétif à l’ordre, à la hiérarchie, cela signifie quoi « marcher au pas ?». Moi qui ne […]
2 July 2018

Un jour à rouler sur le feu

Il n’y a pas de youtubers pour les entuber, Il n’y a pas de followers pour les aspirer. On n’est pas aux NG, On ne se pète pas la tronche en 4G Ils ont bien des amis, ça oui, Une poignée ici et là, rôtis comme des ouistitis. Ils roulent à 80, le cul sur le cadre, Ils ne sont pas là pour monter la garde. Dans le ciel, un bimoteur ronfle et grogne en virant de dos, Quant aux poursuivants, ils se font manger la laine sur le dos. Ils ont le cuissard en feu, Sous le casque, la caboche au feu. C’est déjà le sprint, ça oui, ils ont mouillé le maillot, Ca ne s’est même pas joué à un boyau. Ils n’ont droit à un aucun reproche, Ils n’ont pas fait du cinoche. Photos réalisées à Belmont sur Rance (Aveyron) lors du Grand Prix Cycliste de la Grele, le 30 juin 2018
26 June 2018

L’or blanc, c’est mieux que le lait caillé

  « J’aurai 80 ans cette année ». Monsieur Plagnard se frotte la pomme des mains en murmurant ces mots. Comme si à chacune de ses respirations, il guettait l’inconnu « 80 ans, ça change tout. C’est plus la même chose ». Chaque année, entre le Circus et la Cap, Monsieur Plagnard m’offre le café. C’est un rituel, comme de mettre un cierge dans une petite chapelle, pour voir scintiller une flamme tremblante dans la pénombre des lieux, sans mot dire, sans rien se dire. Lui et son épouse habitent la ferme familiale de la Vincente. Il y est né, à l’arrière de ce qui est aujourd’hui une étable. Au pied de ces immenses alpages où le toit des burons brille parfois comme des loupes lorsque le soleil levant fouette et embrase le pic de Gudette. Le café, il le sert à la casserole tout juste sortie du feu. Habituellement, il propose un gâteau sec. Autre rituel que de tremper le biscuit sorti d’une boîte en fer, comme une offrande, une oblation. Mais pas cette fois. Raymond Plagnard est né au temps des hivers qui fissurent les plafonds de verre. Au temps des chutes de neige où le manche de pelle poli par la corne prend la forme des mains rugueuses et calleuses. Au temps des printemps humides, encore neigeux, souvent « brouillasseux » qui se font attendre, qui rendent les hommes, les femmes hargneux et grincheux. Raymond  est donc né dans la montagne, au pied du Fer à Cheval. Le cul des vaches devait être son destin, il s’en échappe. Les bottes, le bâton de vacher, le béret, il fourbie cette panoplie pour grimper sur des skis. L’Aubrac, ce n’est certes ni Chamonix ni Val Thorens, mais de Brameloup au Bouyssou en dévalant jusqu’au Fer à Cheval, on comprend avec bon sens que l’or blanc vaut mieux que le lait caillé. Il passe ses diplômes à l’ENSA de Chamonix et de Chamrousse et avec son épouse, ils construisent la première cabane pour recevoir les skieurs au sommet de cette colline guère plus haute que celle de Montmartre. Mais qu’importe, pour décrocher une première étoile, pour ceux et celles qui ont découvert Killy sur des skis, au temps de l’ORTF, c’est bien suffisant. Ce n’est finalement qu’à 40 ans, que le couple Plagnard reprend la ferme. Les parents ont pris de l’âge, c’est donc à eux de conduire le troupeau sur ces communaux où la vache Aubrac au regard de braise se prélasse avec nonchalance et délicatesse dans ces prés où l’été venu la gentiane devient royale. 8h sonna au carillon, c’est l’heure de départ de la Cap Aubrac. Nous sortons, Raymond Plagnard se déplaçant d’un petit pas lent et mesuré, une épaule déformée par les douleurs. Sa femme revenait du pré, bottes aux pieds, luisantes de rosée, une vieille bouilloire à la main assortie d’une grosse tétine dont elle se sert pour alimenter un petit veau  « il vient de perdre sa mère. Elle n’avait que 15 ans, ça fait quelques chose ». Elle s’appuie sur un […]
25 June 2018

Un jour “bénévole” ou “volontaire” sur l’Aubrac

Je n’aime pas le mot bénévole, Je lui préfère celui de volontaire, c’est plus noble. Volontaire pour s’engager, pour donner, pour s’oublier, S’engager pour vous, pour lui, pour moi, Donner pour celui, pour celle, pour ceux Pour s’oublier, s’engager et se donner sans se mettre hors jeu. Certains ramassent des ampoules aux mains, Certains ramassent des cèpes nains de jardin, Certains tirent des cordes, des ficelles, des liens, Entre vous,  entre nous, avec moi, des petits rien. Certains préfère couper la tome, D’autres, des quartiers de pommes, J’aime bien les pince sans rire, Les taiseux mais besogneux qu’il faut chambrer pour décrocher un sourire. Souvent dans l’ombre, à joindre les deux bouts, les deux bords. C’est pour cela que je préfère le mot volontaire, il sonne fort. Avoir la volonté de satisfaire, d’accepter des taches, en vrac, Dire bonjour, merci, ça va, sur l’Aubrac, sans jouer les cracks. Vouloir donner un peu, beaucoup, Un jour plein de volonté, faut tenir le coup, ça vaut le coup. Portraits réalisés lors de Trail en Aubrac à Nasbinals (Lozère) le 24 juin 2018