Blabla

27 June 2018

Un jour d’haltères pour pépères

  A soixante balais passés, Normal d’en avoir bavé, d’en avoir brassé, On a tous des douleurs, des petites misères, On a tous des traversées du désert, A crever des abcès, à essuyer bien des malheurs, Râleur, piailleur, chialeur, miauleur. En saison des pluies, on se barre à la sauvette, Au printemps, on charge la musette, Y a du bordel, alors on jure comme un boss du cartel, Y a des médailles, des podiums, alors on joue les top models. Ils sont en piste, dans le feu, dans le jeu, inquiets, ils font la moue, Des pépés, gais, réservés, rasés au coup chou Des gueules de Johnny, des gueules de vicomtes, Des combattants de l’ombre, de la fonte, Ils ont toujours la barre, Pour des instants rares, A faire la guerre avec le gras, Merde, vieillir que c’est ingrat. L’haltéro, c’est comme l’héro, Ca vous prend au garrot, La main sur le fer, les poignets ferrés, Les pieds calés, les joues gonflées, Dans la lumière d’un corridor, A porter son poids à bras le corps, un record.   Rencontre à Decazeville (Aveyron) lors du championnat de France Masters d’Haltérophilie Voir le reportage complet 
27 June 2018

Quand Nasty prend le micro à Massy

Je ne viens pas de la rue, je ne viens pas de Massy. Ca oui, je connais le stade, son tour de piste, ses couloirs. C’est un bon tour de ma vie C’est codifié, c’est militarisé, c’est unifié. J’en ai usé. J’en suis usé. Mais je ne connais rien du free style, du street workout, du double dutch, du free style foot ball. Quant au rap, oui ça me traverse, parfois ça me transperce. Mon dernier CD acheté, peut être le seul, ce fut Arrested Development Ce devait être l’album Unplugged sorti en 1993, ça fait une paie. Tupac, je n’ai même pas connu, je suis donc tout bonnement un ignorant. Alors j’ai essayé de comprendre dans cette salle Paul B. à Massy, Les tours de passe passe, Le vocabulaire corporel, L’état de siège, Le tourbillon des jongleurs, des danseurs, des brakers, …ils se veulent insaisissables. Comme pourchassés, en fuite. J’ai observé des gars tout en muscles faire la planche. Il aurait pu dire « je suis une force de la nature » C’est la danseuse Anne Nguyen de la compagnie Par Terre qui s’exprime ainsi. Elle ajoute même « je hoche la tête pour secouer les idées ». Pour émettre des signaux, psalmodier un langage des corps, calligraphier des mots. Ecrire son histoire, le quotidien de la ville, de la cité. Pour avoir son droit de citer.   Rencontre à Massy (Essonne) le 13 avril 2018 Voir tout le reportage
27 June 2018

Un jour de Grand Prix sans chichi

  Cela me rappelle le Grand Prix de Chardoille. Félix Potin, c’était le ferrailleur du quartier de la gare, propriétaire d’une casse à Juva 4 où gamins, nous jouions les Al Capone. Felix, c’était Monsieur le président du club de vélo. Dans la campagne, d’Allogny à Quincy, de Reuilly à Neuvy, chaque dimanche, il plantait son petit décor. Avec sa gouaille, son TUB Citroën, sa boîte à outils et son crachoir pour annoncer le passage des coureurs. C’était l’époque des frères Villepelet. Des paysans de la plaine du Berry. Des costauds, des rustiques, des cuissots de taureaux. Forgés au lever de bottes de paille, à la charrue et aux hivers humides au cul des vaches. Des malins, des roublards se partageant, de Pâques à la Toussaint, primes, victoires et coupes de pacotilles. Parfois Jean Graczyck venait dire le bonjour et se jeter vite fait, quelques verres de gris, du Quincy, du Mennetou, du Reuilly. En voisin, il habitait Vignoux sur Barangeon, pour serrer des paluches, pour conter des histoires de chasse patate. Avec sa gueule creusée, taillée au coupe chou, quinze ans pro en passant chez Lejeune, chez Bic et chez Ford. Sacré Popoff, une carrière de puncheur, sept “Tour de France” et 5 victoires d’étape, ça classe, la classe. Déjà, on se garait sur le bas côté de la chaussée. Des 4 CV, des Dauphines, des Arondes. On pissait dans les fourrés. On se graissait au Laodal. Les vieux sortaient les chaises rempaillées et mâchouillaient des tiges de blés séchés. Sur la route, on prenait soin de balayer le crottin de cheval, vite récupéré pour fumer les plans de poireaux. C’était l’époque des petits bistrots de campagne. Bas de plafond, enfumés, une étagère pour des coupes bien astiquées, au mur, près du bar encaustiqué, des affiches de riffles et de bals musette. C’était l’époque des miss de clochers, des rosières pas encore encanaillées, habillées de robes à fleur, la taille ceinturée, la chevelure choucroutée, petites reines arrosées d’eau de Cologne, prêtes à embrasser le coursier vite fait recoiffé. Sur les hauts de Millau, j’ai retrouvé cela. Sans les bistrots, sans l’odeur du Ladoal, sans Popoff, sans miss endimanchées. Mais des gars au balai encore là à pousser le gravier, des vieux assis sur des bancs d’église, des bagnoles garées dans l’herbe le long des champs de colza. Une simple remorque pour estrade, un trait blanc sur la chaussée. Avec le temps des sprints, des primes, 30 euros ya pas de quoi changer un boyau ! Avec le temps des petites échappées pour mener la vie dure, pour faire grimper le mercure. Sur cette route de la Météo, au fond, ya rien de plus classique ! Ya rien de plus nostalgique !   Des cyclistes en dehors es temps modernes – Millau le 28 avril 2018 Voir tout le reportage
27 June 2018

L’or blanc vaut mieux que le lait caillé

  « J’aurai 80 ans cette année ». Monsieur Plagnard se frotte la pomme des mains en murmurant ces mots. Comme si à chacune de ses respirations, il guettait l’inconnu « 80 ans, ça change tout. C’est plus la même chose ». Chaque année, entre le Circus et la Cap, Monsieur Plagnard m’offre le café. C’est un rituel, comme de mettre un cierge dans une petite chapelle, pour voir scintiller une flamme tremblante dans la pénombre des lieux, sans mot dire, sans rien se dire. Lui et son épouse habitent la ferme familiale de la Vincente. Il y est né, à l’arrière de ce qui est aujourd’hui une étable. Au pied de ces immenses alpages où le toit des burons brille parfois comme des loupes lorsque le soleil levant fouette et embrase le pic de Gudette. Le café, il le sert à la casserole tout juste sortie du feu. Habituellement, il propose un gâteau sec. Autre rituel que de tremper le biscuit sorti d’une boîte en fer, comme une offrande, une oblation. Mais pas cette fois. Raymond Plagnard est né au temps des hivers qui fissurent les plafonds de verre. Au temps des chutes de neige où le manche de pelle poli par la corne prend la forme des mains rugueuses et calleuses. Au temps des printemps humides, encore neigeux, souvent « brouillasseux » qui se font attendre, qui rendent les hommes, les femmes hargneux et grincheux. Raymond est donc né dans la montagne, au pied du Fer à Cheval. Le cul des vaches devait être son destin, il s’en échappe. Les bottes, le bâton de vacher, le béret, il fourbie cette panoplie pour grimper sur des skis. L’Aubrac, ce n’est certes ni Chamonix ni Val Thorens, mais de Brameloup au Bouyssou en dévalant jusqu’au Fer à Cheval, on comprend avec bon sens que l’or blanc vaut mieux que le lait caillé. Il passe ses diplômes à l’ENSA de Chamonix et de Chamrousse et avec son épouse, ils construisent la première cabane pour recevoir les skieurs au sommet de cette colline guère plus haute que celle de Montmartre. Mais qu’importe, pour décrocher une première étoile, pour ceux et celles qui ont découvert Killy sur des skis, au temps de l’ORTF, c’est bien suffisant. Ce n’est finalement qu’à 40 ans, que le couple Plagnard reprend la ferme. Les parents ont pris de l’âge, c’est donc à eux de conduire le troupeau sur ces communaux où la vache Aubrac au regard de braise se prélasse avec nonchalance et délicatesse dans ces prés où l’été venu la gentiane devient royale. 8h sonna au carillon, l’heure de départ de la Cap Aubrac. Nous sortons, Raymond Plagnard se déplaçant d’un petit pas lent et mesuré, une épaule déformée par les douleurs. Sa femme revenait du pré, bottes aux pieds, luisantes de rosée, une vieille bouilloire à la main assortie d’une grosse tétine dont elle se sert pour alimenter un petit veau « il vient de perdre sa mère. Elle n’avait que 15 ans, ça fait […]