Blabla

23 July 2018

Sur la route de l’Orpi

Connaissez vous la France Orpi ? Je viens à nouveau de traverser celle-ci par ces petites routes  qui viennent lécher l’arrière train des monts du Cantal, puis la croupe du Sancy, des départementales, des communales se faufilant, par champs et par maigres vaux lorsque l’Auvergne cède le pas à ces vastes domaines agricoles où le glyphosate impose son diktat. La France Orpi, c’est la France qui est à vendre. C’est la France des villages qui a tiré sa révérence, dans le silence des départs, pour l’ailleurs, pour l’éternité. Il reste bien quelques âmes égarées, quelques vieux salement courbés à biner l’herbe folle à jamais, quelques chiens mollassons vautrés sur de vieux paillassons. C’est la France de l’oubli, aux portes closes, aux jardinets embroussaillés, des petits chez soi, sans émoi, dans l’effroi, A VENDRE…A ACHETER…A VENDRE…Les panneaux rouges accrochés aux fenêtres se succèdent…A VENDRE…A ACHETER…A VENDRE…au beau milieu des thuyas et des lilas qui ne sont plus taillés, catalogue de la désespérance, funeste Monopoly où Orpi, l’agence immobilière tient les dés, les baux et les clefs dans le creux de sa main. On n’y gagne que le droit de murer portes et vasistas ou de se sauver, et vite, sans y faire choux gras. Orpi marchand de bien ou fossoyeur du plus rien ? Car les boulangers au ventre rebondi ont vidé les derniers sacs de farine, les bouchers, les charcutiers ont découpé les dernières côtelettes. Les maîtres d’hôtel, autrefois relais de campagne ont plié une dernière fois nappes et serviettes. Dernier menu du jour, dernières miettes à peine époussetées, dernières casseroles à récurer, les escaliers grimpant aux chambres ne grinceront plus jamais sous le poids des talons. Sur la route Orpi, ne chercher pas sa trace, elle ne figure dans aucun guide, se devine ainsi malgré rideaux baissés et vérandas calfeutrées, la vie d’autrefois, si proche de nous finalement pour s’en émouvoir encore. Il faut parfois mettre pied à terre, grimper quelques marches et de la tranche de la main, essuyer la poussière d’une vitre ébréchée pour deviner l’ombre fantomas de ces artisans du goût, de ces besogneux campagnards qui, retraite arrivée, n’ont jamais quitté le bleu, de ces patrons de comptoir qui  ont trinqué plus que ce qu’il ne fallait. Sur la route d’Orpi, celle où les corbeaux se battent pour une cuisse de crapaud écrasée, où les chauffards se moquent, l’index en l’air, du 80 kilomètres/heure, il reste encore, parfois, de la fumée dans l’âtre, de la lumière au carreau. Comme une fragile lueur d’espoir. De rares bistrots où l’on sert aussi bien du pré cuit infâmant pour le palais et l’estomac qu’une tête de veau savoureuse, où les blagues de comptoir sentent le musqué, où le pastis se noie dans un quart d’eau, où les patronnes aux formes abandonnées se font chambrer sans ciller, sans doute résignées ? Vous vous devez de faire halte même si le café a le plus souvent le goût de chicoré. Car c’est à chaque fois, un petit tour du canton que […]
27 June 2018

Un jour à marcher sur le vide

  Une ligne à haute tension, Rivée entre deux rochers, deux pitons. Haut voltage, j’oublie le vide, les étages, Haut cordage, j’oublie les marécages. Une ligne à vibration, Sans hélice, je suis sans option. Haut de tête, d’épaules, de bras, Regard de haut, je suis fier comme un cobra. Je n’ai pas de souliers de satin, Dialogue entre ciel et terre, est-ce vain ? Je mords le vide, je le caresse, Je m’envole, suis-je dans la sagesse ?   Rencontre avec des highliners à Dargilan – Lanuéjols (Aveyron)  le 11 juin 2018 Voir l’ensemble du reportage
27 June 2018

Jour de cross, jour de bosses

    Je ne sais pas si le crosseux doit être… Boueux, Merdeux, Poussiéreux, Crasseux, Baveux, Poisseux, Glaiseux, J’ai simplement croisé des crosseux Piteux et glorieux, Furieux et fou furieux Miséreux et victorieux, Besogneux et valeureux, Silencieux et belliqueux, Frileux et joyeux, Malchanceux et chanceux.   Rencontre avec crosseux au Championnat de France de cross à Plouay (Morbihan) le 12 mars 2018 Voir l’ensemble du reportage
27 June 2018

Faut pas pousser le bouchon !

L’ouverture, c’est le nouvel an des pêcheurs. Un rituel sans chandelle pour les mordus qui font mordre à l’hameçon, pour les férus du barbeau, du gardon, de la tanche et du hotu. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il gèle, que les narcisses hésitent à sortir leur couronne d’or, que les pâquerettes guillerettes se frottent le nez dans la rosée du matin, c’est l’ouverture de la pêche. Au petit matin, le jour à peine naissant, l’asticot frétillant connait déjà son sort, les bouteilles de Mennetou, de Quincy, de Reuilly aussi. Elles seront vidées sur le coup des 11 heures lorsque le bouchon de liège vernis sera lassé des allers et venus, fainéant et immobile dans le clapot docile d’une eau verdâtre. L’ouverture de la pêche, ce n’est pas qu’une histoire de fritures et de « brason » à moitié vide, à moitié plein. Certes, on se lève aux aurores quand le chien dort encore. On mouille les bottes pour lancer le fil et l’hameçon sur le fond vaseux mais c’est d’abord une histoire de copains qui resserrent les rangs et les crans d’une amitié. Il y a le temps de la pêche, du goujon taquiné, de la truite qui se défend cambrée puis il y a le temps de la pêche aux histoires de chacun. Les verres se remplissent, le vin blanc est sec et fruité. Les histoires rebondissent. La retraite de Pierre, les vieilles douleurs de Paul, la CSG débattue, les vacances en camping car tant attendues et la cataracte qui fait de l’œil à tous. Dans la musette de chacun, on tire du sac, un quotidien passé au filtre du temps qui file. L’ouverture de la pêche, c’est poser ses fesses sur un petit siège au bord de l’eau. C’est se geler les pieds. C’est prendre la flotte sur le paletot. C’est transpirer sous la chemise à carreaux selon la météo. C’est regarder son ombre qui frétille dans le clapot. C’est plissé le front, c’est plissé les yeux pour suivre du regard le lent, lent, lent déplacement du bouchon rouge qui se refuse à foncer, à piocher dans l’eau trouble. C’est calme. C’est penser à rien, à pas grand chose, sans suite bien définie, sans queue ni tête. En principe, c’est tendre des lignes. C’est peut être tout simplement prendre le temps. Rencontre avec des pêcheurs un jour d’ouverture de la pêche à Vierzon (Cher) le 30 mars 2018 Voir l’ensemble du reportage