Blabla

7 September 2018

Slab City, rencontre avec JoJo

  SUR LA ROUTE DE SLAB CITY “Qu’est ce que tu veux faire de ta vie” – Rencontre avec JoJo   Dans cette famille modeste et catho du New Jersey, Jospeh, ce fut l’enfant chéri de la famille « t’imagines un peu, j’ai été le premier à rentrer à l’université ». Joseph, c’est JoJo, c’est ainsi qu’on le surnomme à Slab City et plus précisément à East Jesus. JoJo, on ne peut pas le louper lorsque l’on se gare à l’entrée de ce musée en plein air car, aux moindres crissements de pneus et claquements de portières, il sort de sa tanière pour surveiller les allées et venues « je suis un peu le chien de garde. L’été, l’endroit est désert, alors on me paie pour surveiller le coin car ici,  car y a pas mal de vols et de vandalisme». Jojo est arrivé à Slab en novembre dernier accumulant les petits boulots, les combines et les emmerdes qui vont avec. Depuis plusieurs semaines, il crèche ici chez Jack, un artiste qui, l’été pointant son nez, se fait la malle pour se mettre au frais. Jojo passe tantôt ses nuits dans le van, parfois  il dort dans une voiture désossée, encore debout sur ses quatre roues mais sans porte, ni coffre, l’air bag avachi sur le volant. Jojo, c’est le beau gosse, pas encore matraqué, ni désossé par un Slab sans pitié. C’est le genre de mec qui se la joue cool mais qui n’éprouve aucune crainte à dégainer lorsqu’il faut attaquer. Car l’animal a appris à se battre, à se défendre. Il porte un poignard dans le pli du dos « et mec, on est dans le désert ici, j’ai un couteau pour rester en vie ». Joseph était promis à devenir curé, ses parents en gloussaient d’aise. Imaginez un fils qui étudie la bible à l’université, qui se cloître dans un monastère à Big Sur pour obtenir enfin un ministère à San Bernadino. Sauf que dans ce lieu de culte où il poursuit l’étude de la bible « il n’y avait que des personnes âgées. Y’avait pas de filles ». La messe est dite. Joseph dévisse de sa charpente, se fait des copines et cherche des jardins d’Eden où poussent des plantes conduisant au paradis. Pas de bol, il se fait gauler en possession de cannabis « ouaih, tu peux me croire, je n’étais pas un dealer, c’était pour ma consommation personnelle. J’avais sur moi 6 pounds d’herbe (2,7 kg !) ». Il prend cinq ans qu’il purge dans une prison du New Jersey. En taule, il y apprend les règles. Il se bat pour délimiter son territoire. Il me montre cette fine cicatrice qu’il porte sous le cou « Pendant toute ma détention, je n’ai reçu aucune visite de mes parents. Là maintenant, ça fait onze ans que je n’ai plus de contact. Le seul qui m’a aidé, c’est un prêtre. Il venait chaque semaine. J’ai prié avec lui en demandant à Dieu de ne pas me juger, de ne pas me punir car mon intégrité est bonne». Avec […]
5 September 2018

Slab City, rencontre avec Alvin

  SUR LA ROUTE DE SLAB CITY “Ici, c’est facile de mourir, il n’y a pas de médecin” – Rencontre avec Alvin   Mais comment ce véhicule a-t-il pu s’échouer ainsi au milieu de ce nulle part ? Il faut plisser les yeux pour deviner au loin une tache brune posée sur le sable. « Il ne faut pas aller plus loin, le sable devient mauvais ». Alvin, je l’ai chopé sur la route de Niland, juste après la voie ferrée. En ce dimanche après midi veille du Labor Day, il marchait courbé, mais d’un bon pas, sous un soleil à faire fondre les rails de chemin de fer, un tissu blanc sur les épaules fermé par une épingle rose, chargé d’un vieux sac à dos élimé dans une main, un cabas en plastique dans l’autre. « Oh ! Mais moi aussi, je parle français. Je suis même francophile. J’adore les poètes du Moyen Age ». Alvin Hankanson effectuait un grand tour des Etats Unis avec l’obsession de visiter les 50 Etats, lorsque son vieux Chevy Van a coulé une bielle à Slab City. C’était il y a 4 ans et demi, il venait de passer cinq mois à la frontière du Colorado et de l’Utah. Son voyage a pris fin ici en cette terre hostile, à l’écart de la route conduisant à Slab, loin de tous les regards, à deux pas d’un oued qui, les hivers pluvieux, gonfle dangereusement. Nous nous sommes ainsi rapprochés à pied du vieux Chevy Mark III, avachi et effondré sur trois roues couvertes de vieux chiffons, la quatrième plantée dans le sable à l’écart du van. Alvin revenait de Brawley, un petit centre dynamique, à moins d’une heure de bus filant droit dans cette plaine agricole où les fermes industrielles parquent des milliers de vaches dans des étables concentrationnaires « je viens de passer cinq heures sur internet à la bibliothèque. J’ai lu sur le Brexit. Je voulais m’instruire, je suis pour le Brexit car l’Angleterre est bien plus proche de nous que de l’Allemagne. De toute façon, je déteste les Allemands. Comment on dit déjà « les Boches ? » c’est ça, oui ! Je n’aime pas les Boches ». A peine avons-nous traversé ce bush épineux en laissant nos empreintes dans le sable que je découvre rapidement qu’Alvin ne se cache pas derrière son petit doigt pour exprimer ses opinions, même les plus radicales. C’est un homme de conviction, un conservateur réactionnaire pro Trump « parce qu’il dit tout ce qu’il pense. Comment il a dit déjà à propos des petits pays « des pays de merde, c’est ça ? ».  La conversation devient embarrassante lorsqu’il répète une nouvelle fois « je n’aime pas les Boches ». Puis, il s’en prend aux musulmans « Je n’aime pas cette religion » avant de s’en prendre à Macron « de toute façon, il est inféodé à l’argent. Je n’aime pas les gens avides. Et vous, vous en pensez quoi de Marine Le Pen ? Moi, j’aurai voté pour elle car je déteste les Arabes». Au milieu de ce « no way », je n’ai pas le souci de polémiquer […]
5 September 2018

Slab City, rencontre avec Chad

  SUR LA ROUTE DE SLAB CITY “J’ai peur de l’avenir” – rencontre avec Chad   Chad marchait seul dans le bush, torse nu, une laisse autour du coup, un grand poignard à la ceinture, lorsque je l’ai abordé. « Je cherche mon chien. Je suis sûr qu’il est chez Molly ». On a fait trois pas ensemble dans un sable jonché de détritus, pour retrouver la piste carrossable. Chad est monté, ajusta la ceinture de sécurité. J’ai roulé. Pas bien longtemps. Voilà, c’est là. J’ai stoppé. Chad est sorti le premier, il siffla, « Sophie », c’est une chienne, est arrivée frétillante et baveuse, suivie de Mollie la propriétaire de ce van assorti d’un appentis de fortune, une petite femme sèche au sourire avenant, les bras tatouée de l’épaule au poignet « putain, Chad t’es matinal aujourd’hui. Moi, je peux pas décoller si j’ai pas ma dose de café ». Sophie est montée dans la bagnole, fière comme Artaban. On a filé chez Chad. Sa caravane est plantée à une borne de là au milieu d’un amoncellement de ferraille, de fauteuils défoncés, d’une tonne de détritus à faire les intrus. Un drapeau américain couvre une grille en fer que l’on pousse « fais gaffe qu’en tu rentres ». Chad était « Monsieur je sais tout faire », un boulot à bosser dur, à cavaler pas mal, cinq Motels 6, répartis dans cinq villes du Montana, à réparer toutes les bricoles qui déconnent dans les piaulent, les lavabos, chasses d’eau et ventilos. Bref la routine. Il y a déjà quatre ans, avec son pote Daniel, ils se font une soirée pizza, bière pour regarder le film de Sean Penn, « Into the Wild ». Les deux gars se regardent « on a 40 balais passés et si on se pointait là bas ». Ils chargent la tente et le barda et quelques pleins d’essence plus tard, ils se retrouvent à planter les sardines dans le sable brûlant de Slab City. Daniel ne reste pas, Chad s’incruste. Il large le téléphone, l’ordi, il garde son harmonica et vend sa Subaru pour 2500 $ « j’ai compris que là, je pouvais vivre à poil si je le voulais. Qu’ici, si je voulais cuisiner dehors avec du bois mort, ça aussi je pouvais le faire ». A 49 ans, Chad vit ainsi depuis quatre ans dans ce carré de sable chaud. Il vient de se construire une sorte de yourte cosmique au pied de son van où désormais il cuisine. Il survit ainsi, seul, avec son chien Sophie. Il me parle de sa nana, elle s’est barrée pour la quatrième fois en deux ans. Il explique « elle accepte mal les compromis de la vie de couple ». Il a les boules. Il fait ses comptes, « l’été, il me faut 65 $ pour vivre, l’hiver, je me fais jusqu’à 300 $ par mois lorsque le camp se remplie ». Il gratte ici et là, quelques dollars à revendre des merdouilles arrachés au désert. D’une boîte en fer qu’il a bien […]
5 September 2018

Slab City, rencontre avec Ken

  SUR LA ROUTE DE SLAB CITY “J’ai envie de croire en un bon futur” – rencontre avec Ken   Années 70 – 80 et jusqu’à la fin des années 90, ce vaste espace désertique fut prisé des retraités aisés qui les hivers mordants fuyaient le Canada et le Nord des Etats Unis pour camper aux pieds des Chocolate Mountain sur les vestiges de l’ancienne base militaire Dunlap, abandonnée en 1949. Ces campeurs, on les surnommait les Snowbirds et Slab City portait même le nom de Snowbirds Country. Un camping à ciel ouvert accueillant jusqu’à 3000 à 4000 Motors Homes, pour se mettre les vieux os au chaud. Un espace libre, autogéré qui avait même réussi à repousser les assauts des promoteurs désireux d’y construire un first class RV Park Resort avec piste d’atterrissage et piscine olympique, le Bigfoot Project. Les Snowbirds ont résisté, ils ont gagné leur indépendance pour passer des Noël en paix, des soirées à danser autour de grands feux, tout ce petit monde connecté au Canal 23, un réseau radio interne pour se refiler les bons plans, pour s’entraider et se trémousser le soir aux multiples jam session improvisées au cul des caravanes. Des marginaux dans cette joyeuse bande de retraités ? Non pas vraiment ! Ah si, Snake Man surnommé ainsi car il vivait avec une tribu de serpents pêchés dans cet océan désertique. Parfois il amusait la galerie, le soir dans un show improvisé, apparaissant, enveloppé de reptiles froids et gluants. Plusieurs fois, le show vira à la crise de nerf, car Snake Man fut maintes fois mordus. Il s’en est toujours tiré. On suppose qu’il avait fini par être immunisé. Il serait toujours en vie, du côté de Niland, mais sans serpents dans son lit. Les toubibs lui ont dit stop aux conneries.   Cette histoire, je la dois à Ken rencontré la veille au Range, cette boîte de nuit à ciel ouvert qui ouvre chaque samedi soir pour accueillir le plus souvent des slabbers grattant de vielles guitares, comme Steve, un retraité installé dans un van à deux pas de cette scène, balançant une country râpeuse, couineuse et foutrement délicieuse. Ce soir là, trois jeunes de Brawley, une petite cité à 30 bornes de là, jouaient un rock gras comme un pot de margarine devant une pincée de Slabbers fumant de l’herbe et des gamins de Niland sifflant des bouteilles de gin en se bécotant goulûment. Dans la nuit profonde, je me suis tiré quand ça a commencé à chauffer. Un gars défoncé était monté brutalement sur la scène « moi aussi je veux jouer ». On m’avait prévenu « si ça dérape, toi le premier tu dégages car on ne sait jamais comment ça se termine ».   J’ai retrouvé Ken, chez lui le lendemain après midi. Il vit non loin du Range, le long de la rue principale avec sa compagne Phyllis et ses neuf chiens. Vous voulez les noms ? Il les appelle les uns après les autres. Ils […]